Grand Tétras : Coq mou ou Coq fou

Publié le 29/03/2021

Le Grand Tétras est habituellement une espèce assez craintive et sauvage, rare sont ceux qui l’approchent. Et pourtant, début mars, des randonneurs ont signalé la présence d’un mâle au comportement étrange sur la forêt domaniale de Matemale. L’Office National des Forêts (ONF) et l’Office Français de la Biodiversité (OFB) ont publié un communiqué relatant la capture et les particularités de l’espèce.

Le 11 mars dernier, les agents de l’OFB et de l’ONF sont partis à la rencontre du fameux volatile. L’objectif: attraper le coq afin d’étudier sa biométrie, son comportement, avant de le relâcher sur son territoire et de procéder à son suivi. Après une approche infructueuse de l’oiseau dans la matinée, une seconde tentative est lancée dans l’après-midi. Le coq de bruyère se montre alors bien plus offensif et « se décide finalement à attaquer l’un des agents qui le capturera avec précaution à l’aide d’une épuisette » indique le communiqué. Les agents vont alors prendre soin de l’animal, en le manipulant avec précaution et dans le calme. Après une prise de mesures d’une vingtaine de minutes: poids, longueur de l’aile, largeur du crâne, bec…le coq de 3 ans est relâché par les spécialistes. Il retrouve sa liberté dans le sous-bois « équipé d’une valise VHF posée en collier », et d’un petit nom « Nico ».

Grâce à cette opération, l’OFB et l’ONF pourront à l’avenir étudier les déplacements du volatile afin d’observer l’évolution de son comportement. Les deux offices soulignent que « des affiches d’informations ont été mises en place » sur le territoire, elles auront pour but de sensibiliser les randonneurs.

Une espèce emblématique de nos montagnes

Le Grand Tétras est aussi appelé Coq de bruyère, l’oiseau pèse entre 2,5kg et 5kg, avec une envergure pouvant atteindre les 130cm. Le majestueux volatile possède plusieurs caractéristiques: bec fort, caroncule (excroissance charnue) rouge vif au-dessus de l’œil, un plumage vert bleu sur le poitrail, des ailes marrons et un dos noir. En France, le Grand Tétras est majoritairement présent dans les Pyrénées, cependant, l’espèce trouve quelques représentants dans le Jura, les Vosges et les Cévennes.

En hiver les volatiles sont solitaires, ils s’isolent chacun dans un arbre d’où ils ne descendent normalement que pour se nourrir. Bourgeons, feuilles, graines, baies ou insectes composent le menu du Grand Tétras. L’espèce est très active pendant la période des amours au printemps. Les coqs se rendent sur des places de chant pour parader, afin d’attirer les femelles. Pour cela, les mâles déploient et redressent les plumes de leur queue en demi-lune.

Coq fou ou Coq mou

Très sensible au dérangement, il faut normalement, du temps, du calme et de la patience pour l’observer. Mais le Grand Tétras peut parfois succomber à des comportements anormaux, comme pour celui de Matemale. Ce phénomène concerne essentiellement les mâles. Même s’il est connu, il reste dans l’ensemble assez peu expliqué. On parle de « coq fou » si le volatile se montre agressif envers l’humain ou de « coq mou » s’il apparaît sans méfiance ni crainte envers l’Homme. En janvier dernier, dans le Jura, un randonneur avait filmé sa rencontre avec un coq atteint de ce syndrome.

Ces comportements arrivent lorsqu’ils sont dérangés par l’activité humaine. « Le ski hors-piste et les câbles de remontées mécaniques sont de réels dangers pour cette espèce » rappellent l’ONF et l’OFB. Les deux structures multiplient les actions dans le but d’informer la population sur la sensibilité et les particularités de ces oiseaux atypiques, mais aussi afin d’assurer leur sécurité.

Le Grand Tétras est une espèce rare, de nature craintive face à l’homme. En cas de rencontre, il ne faut pas l’approcher ou le déranger. Il est préférable de le laisser tranquille afin que les syndromes de coq fou ne deviennent pas récurrents. Ce comportement contre-nature met en péril la sécurité et la survie de l’espèce.

Le coq « Nico » a été équipé d’une valise VHF © Jérôme Aspirot