Chichi, influenceur des plus belles nuits catalanes/ « Je suis résolument optimiste pour la réouverture des discothèques cet été »

Publié le 30/05/2021

Après avoir roulé sa bosse depuis la fin des années 80 sur tout le circuit professionnel de la vie nocturne « made in Roussillon », Chichi* – pas la peine d’ouvrir ici les pages de son passeport tant il est connu comme le loup blanc à partir de ce seul pseudo -, dirige le Central, au cœur du quartier piétonnier d’Argelès-plage, désormais depuis la fermeture définitive du Playa la seule (et unique) discothèque située à l’étage, plus près des étoiles forcément !

Alors que la réouverture des discothèques (elles sont fermées depuis mars 2020) au 1er juillet n’est pas encore actée, nous devrions y voir plus clair sur le sujet lors de la première quinzaine de ce mois de juin, il nous a paru intéressant d’aller à la rencontre de celui, Chichi, qui incarne le mieux le nightclubbing sur le littoral nord-catalan.

Le Journal Catalan : comment as-tu vécu le confinement ?

Chichi : « La vérité vraie ? Avec mon armoire à pharmacie. Avec toujours à portée de main une boîte de médocs anti-stress ! Comme pour beaucoup d’entre nous je pense. J’en suis même certain. A la sortie, on le verra, le métier de la discothèque sera le plus impacté par cette crise sanitaire du COVID, une crise économique désormais, violente, véritable catastrophe pour l’ensemble de notre secteur d’activité ».

Le Journal Catalan : qu’est-ce qui t’a le plus manqué pendant cette période ?

Chichi : « Ce n’est pas fini pour moi, pour nous ! Même si les bars et les restaurants ont pu rouvrir partiellement, et sous certaines conditions, les discothèques elles sont toujours fermées. Il n’y a même pas une ligne d’horizon à laquelle s’accrocher ! Ce qui m’a le plus manqué pour répondre plus directement à votre question, c’est bien sûr le contact avec les gens… C’est échanger un regard, un sourire, serrer une main, embrasser un(e) ami(e), boire un coup avec la Vie… C’est tout cela… Cela me manque vraiment encore et encore, d’autant que j’adore recevoir, c’est cette convivialité qui me nourrit, me donne des forces, me stimule pour aller de l’avant. ».

« Je n’aime pas ceux qui se plaignent toujours en râlant Que c’était mieux avant ; faut avancer ! »

Le Journal Catalan : professionnellement, tu es plutôt optimiste ou plutôt pessimiste pour une ouverture des discothèques cet été ?

Chichi : « Optimiste, toujours, évidemment. Sinon, il ne reste plus alors qu’à se tirer une balle dans la tête. Je suis tellement optimiste que je planifie mes soirées professionnelles pour cet été, que je recrute le personnel comme si je devais rouvrir demain… J’ai déjà embauché le disc-jockey, les barmaids… Avec d’autres professionnels nous continuons d’échanger pour ne pas perdre le moral et, surtout, la saison… On est obligé de réagir ainsi, sinon c’est notre mort sociale que nous signons ! Disons que je suis optimiste par obligation ».

Le Journal Catalan : toi qui connais bien Argelès-sur-Mer, qu’est-ce qui a changé dans la station ?

Chichi : « Beaucoup de choses. Il faudrait être malvoyant pour ne pas le reconnaître et insincère pour ne pas l’admettre. Forcément, avec le temps qui passe, et qui s’arrête parfois, les années tracent une évolution. Chaque période a ses avantages et ses inconvénients. Perso, je préfère ne retenir que les premiers. J’ai horreur des gens qui pleurnichent à coups de « C’était mieux avant ». Fallait y rester !

On peut regretter, déplorer, surtout dans mon secteur d’activité, la chute vertigineuse du nombre d’établissements tels que les bars. Il n’en reste plus beaucoup « à l’état pur », c’est-à-dire sans restauration, on peut citer le « Wantilan », « La Réserve »… Avant, il y avait le choix, on pouvait s’amuser différemment… Mais le massif des Albères qui plonge dans la Grande Bleue est toujours là, ainsi que la Méditerranée avec ses sept kilomètres de plage de sable fin, sans oublier un front-de-mer exceptionnel… Je reste un éternel chauvin pour ce qui est de parler d’Argelès-la-naturelle, car elle l’est vraiment. Cela se voit, non ? En tout cas, moi je le vis. Soyons réalistes ! La station restera toujours la plus grande concentration de campings d’Europe – je les préfère « vintage » avec les toiles des tentes plutôt qu’avec la carrosserie des mobil-homes -, beaucoup d’initiatives, d’idées neuves sont nées ou ont démarré ici. Je pense plus particulièrement à toute cette génération qui a permis d’innover avec le Water Sport Aventure, l’Eden club, etc.-etc. ».

« L’urgence dans la station… c’est réinstaller des douches sur la plage et ouvrir des logements accessibles aux travailleurs saisonniers »

Le Journal Catalan : si tu devais alerter nos décideurs locaux sur certains problèmes, sur certaines incohérences…

Chichi : « Je leur dirai d’abord de remettre vite en fonction les douches sur la plage. On doit pouvoir trouver des arrangements avec l’environnement, comme par exemple régénérer un système d’eau à partir d’une solution qui filtrerait l’eau de mer, afin de ne pas puiser dans la nappe phréatique, ou installer des pédiluves… Il y a des actions à mettre en place en matière de gestion de l’eau, il existe des financements, encore faut-il en avoir la volonté. Mais pour les baigneurs, un point d’eau c’est essentiel ! En vacances, ils nous le disent, ils nous le demandent, tous les jours.

Ensuite, il y a urgence dans notre station balnéaire à mettre en place une politique pour loger les employés saisonniers, sinon dans les années à venir nous aurons du mal à recruter le personnel. Au sein de l’association des commerçants d’Argelès-plage, une étude auprès des employeurs qui y adhèrent nous a permis de relever qu’en haute saison estivale environ 20% des travailleurs saisonniers dorment dans leur véhicule ou sur la plage. Et en plus ils n’ont même plus de douche pour se laver !

Quel salarié – il s’agit souvent de jeunes, d’étudiants -, peut mettre au bas mot 1 000€ par mois pour se loger, sachant qu’à ce tarif-là bien souvent il n’a d’autre choix qu’une colocation ? Nous, les acteurs économiques locaux, nous sommes prêts à apporter notre part de contribution pour mener la réflexion qui s’impose afin de régler cette situation le plus vite possible ».

Recueilli par Jean-Michel Martinez

*Rachid El Kokouchi, né un 5 septembre à Perpignan. Fondateur, entre autre, de L’Exotik Café (sur le front de mer d’Argelès-plage, qu’il a tenu de 2001 à 2017)…