02/12/2020

Interview exclusive de Louis Aliot, maire de Perpignan : "L'ordre républicain doit s'imposer partout dans la ville"

1/ Le Journal Catalan : lorsque vous avez pris vos fonctions à la mairie de Perpignan, quelle a été votre première surprise s'agissant de votre installation, puis du fonctionnement ?

- Louis Aliot : "Clairement, c’est l’état d’abandon de la collectivité de la part de la précédente équipe. Les Perpignanais avaient le sentiment d’avoir été abandonnés, à juste titre, et les agents de la Ville aussi.

J’ai trouvé des agents à qui personne n’avait donné de véritable cap depuis des années. Je me suis donc employé à aller à leur contact, à créer un lien mais aussi établir un état des lieux le plus précis possible. J’ai incité mon équipe à aller à la, rencontre de tous pour une meilleure organisation, une meilleure efficacité.

Ce n'est pas toujours facile, mais petit à petit et chacun à son poste, l’intérêt supérieur de la ville l’emportera sur les anciennes solidarités et le copinage excessif.

L’exemple caractéristique est celui de la Police municipale. Un bel outil en apparence mais à qui aucune stratégie pertinente n’avait été donnée. On reprend petit à petit le contrôle d’une ville avec la participation du plus grand nombre, élus, fonctionnaires et citoyens. Les résultats suivront".

2/ Le Journal Catalan : dans les courriers émanant des habitants de Perpignan, quelle est l’attente la plus forte dans la population ? Que vous demandent les Perpignanais ? Avez-vous une anecdote précise? 

- Louis Aliot : "La demande générale, unanime, concerne la sécurité. C’est pourquoi je me suis attaché immédiatement à apporter des premières réponses aux problèmes qui empoisonnent la vie quotidienne de beaucoup de Perpignan, et notamment dans les quartiers les plus en difficulté.

D’où le recrutement d’un directeur administratif de la Police, la réorganisation du service sur le terrain, la création des brigades de nuit de la Police municipale, la création des postes de police de proximité de la place Arago et de La Cigale (situé en haut du boulevard Jean-Bourrat), l’instauration d’un arrêté contre les épiceries de nuit.

La lutte contre toutes les formes d’insécurité va encore s’intensifier dans les prochains mois et, avec l’ensemble de mon équipe, nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout.

L’ordre républicain doit s’imposer partout dans Perpignan. Nous avons encore trop de situations problématiques. Ces points difficiles seront traités les uns après les autres. Aucune rue n’échappera à la vigilance de la mairie.

Pour le reste, les Perpignanais demandent également un effort particulier concernant la propreté et pour tout ce qui concerne la proximité de façon plus globale.

Des résultats sont déjà obtenus. Mes adjoints et élus sont pleinement mobilisés. Ils font un travail formidable et ne gaspillent par leur temps. Nos concitoyens demandent une mobilisation en faveur de leur quotidien. Ils l’auront. Il y aura un coup supplémentaire dans les premiers mois, mais les choix qui seront réalisés, notamment dans les recrutements de nouvelles compétences, seront autant d’économies faites pour l’avenir".

"RENVERSER LA TENDANCE
APRÈS DES ANNÉES D'ABANDONS"

3/ Le Journal Catalan : parmi vos promesses de campagne, maintenant que vous êtes aux commandes de la Ville, quelle est celle qui vous semble la plus difficile à atteindre ?

- Louis Aliot : "Perpignan est en situation de basculement. Du point de vue de la sécurité mais aussi du point de vue de la montée des communautarismes, de la situation économique et sociale. C’est un défi complexe qu’il nous appartient désormais de relever et pour cela nous avons besoin d’une mobilisation générale. D’une mobilisation de tous les instants et qui fasse fi des clivages politiciens. Seul compte l’intérêt des Perpignanais.

Le plus difficile dans tout ceci est sans doute de renverser la tendance après des années d’abandons au quotidien de tout ce qui fait la citoyenneté, le respect des règles essentielles pour le fameux « vivre ensemble ».

La France ne doit pas simplement être un guichet social à laquelle on peut tout demander pour soi, mais à qui on crache à la figure en permanence. Il faut exiger du respect et transmettre des valeurs héritées de plusieurs siècles d’histoire quelquefois tragiques.

Être généreux et accueillant doit s’accompagner aussi de contrepartie en terme d’efforts et de devoirs. Malheureusement, la situation que j’ai trouvée dans les Maisons de Quartier notamment est à cet égard particulièrement révélatrice.

Partout, il nous faut remettre les choses à l’endroit. Voilà peut-être ce qui est au fond le plus difficile : changer les mentalités pour que nos valeurs nationales, citoyennes, républicaines et françaises reprennent le dessus sur l’anarchie des revendications communautaristes ou autres".

4/ Le Journal Catalan : vous êtes membre du Rassemblement National, un parti politique qui a une certaine idée de la France. Avez-vous « une certaine idée de Perpignan » ? Comment voudriez-vous voir se transformer cette ville ?

-Louis Aliot : "J’ai en effet une certaine idée de Perpignan comme de la France en général et qu’au fond une majorité de nos compatriotes partage : Perpignan doit redevenir une ville fière et dynamique. A la fois moderne et enracinée, ancrée dans l’héritage judéo-chrétien, français et européen.

Perpignan doit être une ville où chacun puisse vivre sereinement et en toute sécurité. Une ville capable de créer de l’emploi pour le plus grand nombre et qui puisse enfin concrétiser ses atouts formidables.

Enfin une ville reconnue dans l’ensemble des grandes villes du bassin méditerranéen. Une ville moderne qui rompe son isolement par un dynamisme économique à la hauteur des enjeux. Une ville qui rayonne culturellement par sa dimension française, européenne et catalane. Une ville qui s’inscrit dans un avenir radieux où tous nos jeunes auront leur chance. Dali à sa manière, nous avait montré la voie par sa célèbre formule en gare de perpignan. La ville centre du monde doit tout simplement retrouver de l’ambition pour s’imposer en Méditerranée comme une destination économique et culturelle incontournable".

"LES PERPIGNANAIS N'AIMENT
PAS LES FANFARONS ET
LES MAUVAIS PERDANTS"

5/ Le Journal Catalan : dans la confrontation avec vos opposants, d’une manière générale à quels arguments êtes-vous le plus sensible ?

- Louis Aliot : "Je suis désormais maire. Ce qui veut dire que ma responsabilité première est de dialoguer, échanger avec tous les habitants et construire avec eux une ville de Perpignan dans laquelle chacun puisse se sentir bien, trouver sa place et aussi apporter à la collectivité.

Mes opposants, eux, s’opposent frontalement en tentant maladroitement de masquer leur héritage. Car ils ont été durement écartés des affaires par nos concitoyens. Ils devraient s’en souvenir. Trop souvent ils sont dans la basse polémique et l’arrogance des esprits étroits. Les Perpignanais jugeront. Mais je sais qu’ils n’aiment pas les fanfarons et les mauvais perdants. Et quand nous ferons les premiers bilans dans une totale transparence, certains seront alors plus modestes et réservés. Le plus important est de défendre l’intérêt general et se rassembler dans cette période compliquée".

6/ Le Journal Catalan : en mars 2021, ou en juin 2021, auront lieu les élections régionales et cantonales. Comptez-vous participer à ce combat électoral, et si oui comment ? Par exemple, aux Cantonales, y aura-t’il des candidat(e)s labellisé.e.s « Louis Aliot – Ville de Perpignan » ?

- Louis Aliot : "Oui il y aura des candidats soutenus par le maire de Perpignan et je m’engagerais dans cette campagne afin que la majorité départementale change. Je tends d’ailleurs la main aux élus de tous bords pour relever ce challenge et bâtir une majorité de reconquête et de renouveau pour tous les habitants des Pyrénées-Orientales. C’est le moment de le faire. J’y suis prêt. Perpignan a été une première étape. Il faut terminer le travail".

"JE SUIS MARQUÉ PAR
DES DESTINS QUI NOUS OBLIGENT"

7/ Le Journal Catalan : êtes-vous déjà en contact localement, pour cela, avec des élus d’autres formations politiques ?

- Louis Aliot : "Oui bien sur. Beaucoup observent les signes des états-majors parisiens. Moi j’ai la chance de travailler avec un mouvement qui me fait confiance et qui veut bien appliquer le principe de subsidiarité pour peu que la transparence soit totale et la sincérité la règle. C’est-à-dire tenir compte du contexte et des situations locales pour faire gagner nos idées avec une stratégie locale qui complète et enrichisse la stratégie nationale. C’est ce à quoi je m’emploie.

Une certaine latitude existe dans cette volonté de relever la France. Au-delà du local, 2022 sera une étape majeure".

8/ Le Journal Catalan : dans le département des P-O, ou dans la région, existe-t-il un homme ou une femme politique qui vous a marqué ?

- Louis Aliot : "Je suis impressionné par tous ces jeunes catalans, de notre Roussillon, qui sont morts pour le salut de la France et la sauvegarde de la patrie.

L’exemple des Usapistes qui avec Aimé Giral sont tombés si jeunes pour la France est un symbole fort pour moi. C’est pour cette raison que je les cite souvent en exemple. Ce sacrifice ne doit pas s’évaporer avec le temps et les jeunes doivent avoir une haute conscience de ce sentiment d’appartenance à une nation qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême.

La vie est faite de symboles. On ne vit pas pour soi égoïstement mais pour l’ensemble en essayant autant faire ce peu, de respecter un minimum de valeurs. Je suis donc marqué par des destins qui nous obligent".

9/ Le Journal Catalan : au niveau national, sous la Ve République, quel est celui à vos yeux qui « sort du lot » ?

- Louis Aliot : "Ils sont nombreux vous savez, politiques, sportifs, chefs d’entreprise, artistes, scientifiques ou médecins. Difficile d’en choisir un. C’est aussi ça le génie de la France. Reste que le déclin actuel emporte beaucoup de certitudes dans un flot de désillusions ininterrompu qui doit nous inciter à la réflexion et à une remise en question globale".

10/ Le Journal Catalan : y’a-t’il une question que vous auriez souhaité que la rédaction du Journal Catalan vous pose ?

- Louis Aliot : "Non, mais on va tenter d’oublier cette misérable année 2020 pour ouvrir une année 2021 que je nous souhaite la meilleure possible".